Perspectives: Camille Sauthier de l’Atelier Valenthier à Lausanne

Von  | Perspektiven | 25. August 2021

Perspectives: Camille Sauthier de l’Atelier Valenthier à Lausanne

Perspectives: Camille Sauthier de l’Atelier Valenthier à Lausanne

Dans un marché compétitif, comment se démarquer et tracer sa propre route de son empreinte tout en privilégiant le dialogue, la collaboration et l’échange des savoir-faire.

Ton histoire en trois phrases

Durant mon enfance et mon adolescence, c’est vers les insectes que mon regard se tournait ; je souhaitais devenir biologiste et passais donc beaucoup de temps dans la nature.

Au lieu d’étudier la biologie comme je m’y préparais, j’ai opté pour le graphisme qui m’a fait découvrir le monde de la communication visuelle ; j’ai passé beaucoup de temps à apprendre, à expérimenter.

Mon travail de diplôme en 2006 consistait déjà à analyser le lien entre les insectes et le graphisme que j’ai aujourd’hui compris et mon but est de garder le cap, simplement.

Aujourd’hui

Je dirais plutôt «demain» en me posant la question «de quelle manière continuer ?». Après 15 ans dans le milieu professionnel, dont 10 années en étant indépendant, je prends enfin le temps de réfléchir à ce qu’est le graphisme et à ce que j’ai envie d’en faire, à mes valeurs. J’estime que c’est un luxe de pouvoir y réfléchir plus profondément, mais aussi une récompense. Surtout une nécessité vis-à-vis du monde économique également, de trouver un accord entre mes valeurs et les impératifs du métier. C’est comme un second travail de diplôme qui s’annonce.

Qu’est-ce qui est important pour toi dans un travail ?

Qu’il s’inscrive dans un contexte, qu’il soit le prolongement de ce qui existe déjà, qu’il soit un rouage plutôt qu’une pièce rapportée. C’est pourquoi j’attache toujours beaucoup d’importance à bien comprendre mon client, sa problématique, connaître le matériel visuel et physique avec lequel il compose quotidiennement. En général, tout se trouve à portée de main pour concevoir un projet graphique.

Ensuite j’apprécie de créer des ponts transdisciplinaires avec d’autres acteurs et d’extraire des formes, des structures et des systèmes graphiques à partir de matériaux réels. Le graphisme est un outil pour arriver à quelque chose d’autre. Il permet de sortir du graphisme par le graphisme. C’est un moyen, pas une fin. Je me vois comme un artisan parmi plein d’autres artisans.

Qu’est-ce qui te plaît dans ton travail et qu’est-ce qui te plaît moins ?

Il est agréable de travailler avec des clients qui s’investissent dans la recherche avec le graphiste, dans un véritable dialogue.

Il est du coup désagréable de travailler avec des clients qui ont de la peine avec la démarche exploratrice du graphisme. Également difficile de collaborer avec des personnes qui ne prennent pas au sérieux le graphiste sur ses alertes ou recommandations. Les imprévus sont une constante avec laquelle je suis habitué de composer, mais c’est dommage lorsqu’on les avait vus tôt et qu’il faut les traiter dans l’urgence au dernier moment.

Comment préserves-tu ton équilibre travail–vie privée ?

Pas toujours facile, lorsque son travail est également une passion. L’aspect vie privée, je commence à me l’imposer, comme certains clients m’imposent le leur. C’est une discipline.

J’apprends à couper les liens de communication durant certains moments de la journée. Mes clients sont très respectueux en dehors des périodes horaires considérées comme « professionnelles ». Ils les respectent également lorsque je les préviens à l’avance de mes vacances.

Quelle importance accordes-tu à ta formation – qu’en as-tu retiré ? Qu’est-ce qu’il t’a manqué ?

Je distingue 4 formes de formation.

  • L’École m’a appris à être réactif et à pousser mes réflexions sur le métier sans la contrainte du commercial.
  • Les stages et l’expérience en cours d’emploi, que j’ai acquise durant les 5 premières années après mes études, m’ont orienté sur l’aspect pratique de la préparation et de la production de mes fichiers, les techniques pour obtenir un visuel.
  • L’expérience d’indépendant est celle qui m’a appris l’aspect commercial et social de mon travail ; je consigne, dans un fichier, les « leçons » à ne pas oublier, positives ou négatives.
  • Et ma formation se poursuit lorsque je dialogue avec les entreprises qui collaborent sur des projets qui nécessitent des spécialistes. J’apprends beaucoup de leur part.

Je pensais, au début, avoir manqué de certains aspects durant mes études. Mais je n’aurais pas été mûr pour les intégrer. Au final, tout est venu au bon moment, au fur et à mesure.

Quel est ton avis sur la formation actuelle de graphiste CFC ?

J’ai donné des cours et workshops à l’ERACOM de Lausanne de 2013 à 2015, mais cela date, je ne pense pas être assez à jour et avoir légitimité de donner mon avis sur ce point-là.

Où en sera notre profession dans cinq ans ?

Le graphisme ne sera pas purement digital. Ce n’est ni un souhait, ni une peur, mais un espoir. Comme toujours, la résilience reste le maître mot et je ferai avec, je m’adapterai.




Et pour finir, cette remarque :

J’ai envie de reprendre cette citation : « Il faut savoir faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux. »

A l’auteur: Regula Cajacob est cheffe de communication diplômée et a travaillé pendant plus de 20 ans dans des agences de communication. Depuis 2013 elle est secrétaire de l’association professionnelle SGD Swiss Graphic Designers.

Photo de Manuel Castellote.

Perspectives est une série de blogs de la SGD. Nous interviewons une grande variété d’entreprises et de personnes qui sont ou ont été impliquées dans le design graphique. Perspectives paraît de manière irrégulière, nous accueillons les éloges et les critiques et : Les opinions et déclarations des personnes interrogées ne reflètent pas nécessairement l’attitude et les valeurs de la SGD.

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