Perspectives: Pierre Gerber de l’agence Lemon à Neuchâtel

Von  | Perspektiven | 7. Juni 2021 | 0 Kommentare Juni 9th, 2021

Perspectives: Pierre Gerber de l’agence Lemon à Neuchâtel

Perspectives Pierre Gerber, Lemon

Comment vivre sa passion dans un marché saturé, comment réaliser des projets cohérents et pourquoi une spécialisation est-elle importante pour le futur ?

Ton histoire en trois phrases

J’ai passé une maturité professionnelle commerciale, mais j’ai toujours eu la passion du graphisme et de la communication. Tout d’abord j’ai cherché une place de formation en agence, mais n’en ayant trouvé aucune, je suis entré à la HEAD sur concours. En 2008, j’ai alors créé ma propre agence et en 2018, j’ai créé une seconde agence dans l’événementiel et la gestion stratégique, que j’ai vendue ensuite à mes anciens associés.

Aujourd’hui

Je dirige Lemon, une agence de création visuelle et web basée à Neuchâtel. Nous employons cinq personnes : deux graphistes, dont une typographe, un développeur web back-end, une webdesigner front-end et un spécialiste en stratégie digitale.

Qu’est-ce qui est important pour toi dans un travail ?

Pour moi, trois aspects sont essentiels : la cohérence, la simplicité et la fonctionnalité. Lemon a beaucoup de mandats multisupports qui sont pour la plupart tous produits en interne, avec le soucis que ce soit efficace et harmonieux. Nous travaillons parfois aussi avec d’autres agences, développeurs ou graphistes. Mais il est impératif d’assurer la cohérence de la démarche artistique durant le projet. Dans tous les projets dans lesquels nous participons, notre objectif est de trouver toujours la solution la mieux adaptée.

Qu’est-ce qui te plaît et te plaît moins dans ton travail ?

La diversité me plaît beaucoup. Nous avons des clients de tous les domaines et c’est très intéressant d’apprendre à chaque fois un peu de leur métier. Chaque jour est ainsi différent. J’aime aussi beaucoup le travail d’équipe. Chez Lemon, chaque membre de l’équipe est très complémentaire.

Ce que je trouve difficile, c’est la guerre ou la négociation des prix. Il est très compliqué de faire comprendre aux clients que notre travail a de la valeur. Nous sommes parfois en concurrence avec des amateurs qui se présentent comme graphistes, bien qu’ils n’aient pas suivi de formation officielle, et qui souvent cassent les prix.

Comment préserves-tu ton équilibre travail–vie privée ?

Ma compagne Joëlle est l’autre graphiste avec qui je travaille. Cela signifie que nous passons tout notre temps ensemble. Le fait de changer d’endroit physiquement, en partant de la maison pour venir à l’agence, nous permet toutefois de séparer travail et vie privée. De même, nous essayons d’avoir des horaires de bureau. Je travaille aussi avec mon frère qui est le développeur web, avec qui j’ai cofondé Lemon.

Quelle importance accordes-tu à ta formation et qu’en as-tu retiré ? Qu’est-ce qui t’a manqué ?

J’ai fais un Bachelor en communication visuelle à la HEAD. Cette formation m’a apporté bien plus que je ne pensais. Elle m’a surtout appris comment interpréter et convertir les besoins des clients. Nous avons également profité d’autres formations créatives ainsi que d’ateliers. En revanche, je trouve que cette formation était trop éloignée de la réalité, où l’on a beaucoup moins de temps pour la réalisation d’un projet.

Quel est ton avis sur la formation actuelle de graphiste CFC ?

Je trouve positif que la formation donne de l’importance à la culture artistique et graphique. C’est d’ailleurs le cas pour les graphistes qui ont fait leur formation à l’EAA de la Chaux-de-Fonds, grâce notamment aux enseignants Laurent Bonnet et Laurent Cocchi qui ont beaucoup contribué à cette culture.

Par contre, j’ai l’impression que les graphistes CFC méconnaissent un peu la réalité du marché. Soit ils postulent et demandent des salaires excessifs, soit ils se mettent à leur propre compte et cassent les prix.

Où en sera notre profession dans cinq ans ?

Il y a actuellement trop de graphistes sur le marché en général et surtout trop axés sur l’imprimé. J’espère qu’il y aura des graphistes qui se spécialiseront plus dans le digital. Il faut trouver un moyen de considérer le web comme un médium graphique. Et surtout il faut que le graphiste élabore des concepts, peu importe le support.
Les graphistes devraient avoir des connaissances techniques plus poussées, que ce soit en animation ou en typographie. Il est important de se spécialiser dans des niches. Chez Lemon, nous essayons par exemple de mettre en avant le « type design » (développement de police de caractères).

Et pour finir, cette remarque :

De mon point de vue, les graphistes sont un peu individualistes, ils font leurs trucs dans leur coin et ne partagent pas leur expérience (les jeunes peut-être moins). C’est une brèche que les entreprises exploitent pour casser les prix, lancer des concours créatifs non rémunérés. Il faut que l’on soit plus fort, mais pour ça, il faut se fédérer et donner pour recevoir. Aujourd’hui, je pense que les associations professionnelles peuvent nous défendre.

Si je peux donner un conseil aux futur.e.s graphistes, c’est qu’en acceptant de vivre de sa passion, on ne devient pas riche, mais on se lève tous les jours motivé.e à travailler.

A l’auteur: Regula Cajacob est cheffe de communication diplômée et a travaillé pendant plus de 20 ans dans des agences de communication. Depuis 2013 elle est secrétaire de l’association professionnelle SGD Swiss Graphic Designers.

Photo de Manuel Castellote.

Perspectives est une série de blogs de la SGD. Nous interviewons une grande variété d’entreprises et de personnes qui sont ou ont été impliquées dans le design graphique. Perspectives paraît de manière irrégulière, nous accueillons les éloges et les critiques et : Les opinions et déclarations des personnes interrogées ne reflètent pas nécessairement l’attitude et les valeurs de la SGD.

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